A la fin des années 80, Oh Dae-Soo, père de famille sans histoire,
est enlevé un jour devant chez lui. Séquéstré pendant plusieurs
années dans une cellule privée, son seul lien avec l'extérieur est une
télévision. Par le biais de cette télévision, il apprend le meutre de sa
femme, meurtre dont il est le principal suspect. Au désespoir d'être
séquestré sans raison apparente succède alors chez le héros une
rage intérieure vengeresse qui lui permet de survivre. Il est relâché
15 ans plus tard, toujours sans explication. Oh Dae-Soo est alors
contacté par celui qui semble être le responsable de ses malheurs,
qui lui propose de découvrir qui l'a enlevé et pourquoi. Le cauchemar
continue pour le héros.

La déferlante continue. La corée du sud s'étant bien installée en
pointe de la production asiatique. Le point commun trouve sa
convergence dans l'originalité des thèmes, l'expression formelle.
Old boy est à la croisée de plusieurs genres, une touche fantastique
à la mesure contraire d'une alice au pays des merveilles, un thriller à
la noirceur revendiquée, un soupcon de romantisme non conformiste
sans oublier l'humour sous jacent tant le délire de certaines scènes
poussent à sourire.
systématiquement, le film prend le contrepied de la pensée
chrétienne, les personnages étant obsédés par l'idée de vengeance
comme exhutoire et processus vital essentiel. Le bien et le mal, au
sens cinéphile et biblique, difficilement repérable, le film se situe au
delà comme il joue avec les genres, les brouillent. Même les amours
sont tourmentés et on est loin de s'attendre à quoi que ce soit de
connu, prenant le contre pied de la morale, imposant des rapports
incestueux, dans tous les sens du terme, entre personnes
consentantes.
L'enfermement du (anti)héros, interrogation pour lui et nous,
ressemble à un délire kafkaien, une sorte de paranoia dans la
répétition. Les tentatives de suppression de sa propre vie dans de ce
lieu clos échouant régulièrement mais elles marqueront une intimité
avec le sang, apprentissage et appropriation du rouge qui giclera
tout au long du film. Le seul rapport de dae-soo avec l'extérieur, une
télévision... il verra son pays changer, la folie du monde, ces
guerriers barbares, et plus intimement deviendra le 1er suspect à la
mort de sa femme toujours avec comme interlocuteur la petite
lucarne.
La sortie de son enclos, le confrontera encore à la mort, la violence,
avec un homme intentant à sa vie,dont le désir de communiquer ne
trouvera aucun écho chez dae-soon. elle montrera alors la
déshumanisation de dae-soo car désormais seul compte la recherche
de l'origine de la manipulation. Deux questions se renvoient sans
cesse la balle, "qui es tu (son geolier)?" et "pourquoi ca ?",
questionnement sur l'origine de l'autre mais aussi à soi même car
dae-soo ne sait plus trés bien qui il est et ce qu'il a été. Alors, il
essaie de se raccrocher à ses nouvelles rencontres, dont il ne sait
plus si elles sont fiables ou tricheuses. La seule référence
constante, le pouvoir de l'argent dont le commanditaire semble jouir
et jouer depuis son bunker. Le pendant de toute cette froideur est à
chercher dans les sentiments, la déchirure de la perte face à laquelle
aucune fortune ne peut rien résoudre...
La mise en scène, point fort du film, souligne le caractère parfois
cartoonesque des situations, dans la figeage ou l'accélération de
l'image parfois à l'inverse de la logique, tout comme la musique
sonnant en discordance avec nos habitudes réceptives. On le
remarque mais ce n'est pas un effet ostentatoire, tout simplement les
déphasages sont à la mesure des personnages.
On s'enfonce inéluctablement avec dae-soon au fur et à mesure de la
progression de l'énigme. Bien que cette progression soit hachée,
soumise à des passages inter-temporelles, le film termine par la
découverte des causes-conséquences comme tout scénario habituel.
Mais notre humain nous "quitte", pour prospecter de nouveau la
dimension "virtuelle", s'amputant de lui même cette fois en toute
volonté.
Park chan woon a donc bien mérité son prix à cannes. La palme d'or
farenheit 9/11 peut même se targuer de passerelles évidentes avec
ce old boy déjanté, incontrolable, paranoiaque, mondialiste,
psychotique à souhait. L'ère du mensonge a commencé...celle du
foisonnement et de la diversité asiatique continuent.
patrick (auteur 11/10/04).