A Washington, en 2054, la société du futur a éradiqué le meurtre en se
dotant du système de prévention / détection / répression le plus
sophistiqué du monde. Dissimulés au coeur du Ministère de la Justice,
trois médiums captent les signes précurseurs des violences homicides et
en adressent les images à leur contrôleur, John Anderton, le chef de la
"Précrime" devenu justicier après la disparition tragique de son fils. Celui-
ci n'a alors plus qu'à lancer son escouade aux trousses du "coupable", et
l'arrêter avant qu'il ne commette le crime. Mais un jour se produit
l'impensable : l'ordinateur lui renvoie sa propre image. D'ici 36 heures,
Anderton aura assassiné un personne qu'il ne connaît même pas. Devenu
la cible de ses propres troupes, Anderton prend la fuite. Son seul espoir
pour déjouer le complot : dénicher sa future victime ; sa seule arme : les
visions parcellaires, énigmatiques, de la plus fragile des médiums :
Agatha...

Quel film ! C'est un mélange savamment dosé de film d'action et de film
de réflexion. Bien sûr sa durée, 2h 20, fait qu'il arrive qu'on ressente des
longueurs. La première partie, celle des présentations des lieux et des
personnages, est intéressante. Puis vient la partie où tout se détraque. On
est alors dans la vieille tradition des films de poursuite qui rendent
paranoïaques. Puis vient la partie la meilleure, mais en même temps la plus
complexe : quand le personnage principal va chercher à se modifier pour
pouvoir éviter d'être repéré. On a alors droit à des tas d'hommages, en
particulier un clin d'oeil, si l'on peut dire, à Kubrick et son fameux "Orange
mécanique". Et puis la partie, assez longue où notre héros kidnappe la
médium, est celle qui suscite le plus d'émotion. Et puis reste enfin la
dernière ligne droite, au suspense haletant. Le scénario a été inspiré d'une
nouvelle de Philip K. Dick. Et l'on s'en pose des questions dans ce film :
où sont les valeurs de justice, d'éthique ? Comment ce système ultra-
sophistiqué a-t-il pu être détourné ? Est-on capable de modifier notre
destin ? Sommes-nous conditionnés coûte que coûte par notre passé ?
Peut-on vivre dans une société qui mise à fond sur le "tout sécuritaire" ?
etc. Pour résumer le film : c'est l'histoire de quelqu'un qui a mis au point
un système infaillible, et qui, prisonnier de ce système, va trouver sa faille.
On peut dire aussi : c'est l'histoire de quelqu'un qui, pour mettre un
système au point, a employé des méthodes contraire aux lois de ce
système. Bien sûr, parfois, Spielberg nous assène des messages au ras des
pâquerettes. Mais on lui pardonne, puisque de toutes façons, il a fait
beaucoup mieux que son "A. I.", qui était décevant. Chapeau donc, pour
ce film ambitieux, qui tient la route.
Kader