A sa sortie de l'école de police, Antoine monte à Paris pour intégrer
la 2ème division de police judiciaire. Caroline Vaudieu, de retour
dans le service après avoir vaincu son alcoolisme, choisit le petit
lieutenant pour son groupe crim'. Plein d'enthousiasme, Antoine fait
son apprentissage du métier aux côtés de ses hommes. Vaudieu
s'attache rapidement à ce jeune homme, de l'âge qu'aurait eu son
fils disparu...

Un film de Xavier beauvois reste un événement. Il tourne trés peu
et assène une touche trés personnelle à ses histoires. Ce polar
rejoint la véracité quasi documentaire d'un "L627" de Tavernier. Il
a enquêté dans les milieux interlopes et auprés des commissariats
pour coller son film dans la réalité. Et, au delà de la précision des
procédures techniques, des réglementations, les comportements
humains restituent toutes leurs palettes de sentiments. La joie, la
camaraderie, le deuil, la douleur, les pleurs s'entrechoquent dans la
vie de ses flics. Le destin le plus tragique est montré sans fioritures.
Pas de musiques, pas de résurrection de dernières minutes, les
"gentils" sont touchés, coulés comme les bandits. On a droit aussi
au quotidien des flics, l'alcool omniprésent, le shit qui flotte dans
l'air...et on comprend combien les vies des flics et voyous
s'entremêlent lorsque les plaies ouvertes s'étalent en rouge vif sur
la toile.
Aucun sujet reste tabou chez beauvois. Le racisme quotidien érigé
en débat, l'émergence du politique, la lourdeur de la hiérarchie, les
bavures, la fatigue morale, la vie familiale déréglée, la démotivation
dépassent largement en intérêt l'histoire de ses russes meurtriers
sur les quais de Seine. Car comme le dit Caroline Vaudieu au petit
lieutenant "dans une carrière, on rencontre que 2 ou 3 affaires
intéressantes, le reste, la routine, viol, moeurs, drogues..".

Nathalie Baye confirme. En vieillissant, elle prend de l'ampleur.
Son humanité crève l'écran. Force et faiblesse marchent d'un même
pas. Elle vacille et continue, équilibre imparfait, déséquilibre parfait
comme souvent.
Dans ce film, pour reprendre un ancien titre de beauvois c'est
"n'oublie pas que tu vas mourir". Dans le chaos de la vie et des
âmes émergent des îlots de tranquillité mais pas plus. Ces tumultes
n'empêchent pas au film de diffuser sa beauté, beauvois réussit
l'exploit, entrevoir le beau dans le laid, sans manichéisme, aucun.


patric (auteur-25/11/05)