Alors que le récent « Agents secrets » laissait perplexe sur la capacité du
cinéma français à engendrer des films d’actions efficaces, le nouvel opus
de Nicolas Boukhrief redonne un peu d’espoir. On ne tient certes pas
dans « Le convoyeur » un chef d’œuvre du genre mais un excellent
produit de synthèse entre la vieille tradition hexagonale du polar social et
celle beaucoup moins française du gunfight sanglant. Ce n’est guère
étonnant que l’ancien journaliste de Starfix, magazine qui fit beaucoup
pour la promotion du cinéma de genre dans nos contrées, tente ce type de
rapprochement, déjà exploré sous un autre forme par son camarade
Christophe Gans.
Quoique mineure, sa réussite est finalement assez réconfortante.

Réalisme et opacité

Deux éléments forts structurent un début très prometteur. Tout d’abord
l’immersion plutôt crédible dans une entreprise lambda de convoyage de
fonds. Boukhrief ne nous épargne pas l’attendu portrait de groupe, façon
galerie de gueules cassées. Le déprimé revenu de tout, le mec sympa, le
cow-boy facho, ils y sont tous mais peu importe, c’est un poil caricatural
mais ça tient la route. D’autant plus que la description du quotidien de ces
travailleurs modestes, exerçant leur métier dans des conditions risquées et
pénibles, est relativement bien rendue. Le film insiste d’ailleurs beaucoup
sur cette dimension quasi prolétaire, faite d’un labeur routinier et de joies
simples, ce qui renvoie indéniablement à un ancrage social traditionnel du
polar français. L’autre clé d’entrée puissante du « Convoyeur » tient dans
l’opacité de son héros, interprété par le toujours excellent Dupontel. Son
personnage débarque a priori dans cette société pour y gagner sa vie mais
le film nous avertit par petites touches d’une situation bien plus troublante
et complexe. Ce mystère est si prenant que l’on peut d’ailleurs reprocher à
Boukhrief de dévoiler un peu trop précocement les motivations véritables
de son héros. Mais le fil n’est pas rompu pour autant, on est curieux de
connaître le dénouement, qui arrive par la grâce d’un massacre final très
maîtrisé graphiquement et captivant émotionnellement. A vrai dire, on ne
pensait pas un film français capable de nous offrir un tel climax.

Une exception française

On ne fera donc pas la fine bouche devant ce polar, assez banal dans sa
conception mais plutôt original dans le contexte actuel du tout-comédie.
On ne peut que s’interroger devant la frilosité du système productif
français qui rechigne à sortir plus souvent ce type de films populaires au
profit d’un soit disant filon comique issu de la télévision. Boukhrief a le
grand mérite de réactiver la veine du film d’hommes, réaliste et ramassé
sur lui-même, ce qui le distingue des petits faiseurs pyrotechniques et
jeunistes comme Dahan, Siri ou Megaton. La tension installée ne s’évapore
pas, même si le suspense aurait mérité d’être étiré un peu plus. Les acteurs
ne sont pas pour rien dans la densité du film, même si leur rôle est assez
étriqué, tous s’en tirent pour le mieux. Bref, un divertissement de très
bonne tenue.
samuel@chroniscope.com (11/06/2004-action thriller)