Blake, artiste replié sur lui-même, fléchit sous le poids de la célébrité, du
succès et d'un sentiment d'isolement croissant. Réfugié dans une maison
au milieu des bois, il tente d'échapper à sa vie, à son entourage et à ses
obligations. Il regarde, écoute, et attend la délivrance.

Gus van sant, aprés "gerry" et "elephant" reprend le cours des destinées
tragiques. Il applique les mêmes recettes, la dissonance sonore, la
répétition, l'isolement. On finit vite par comprendre que Blake n'est pas
dans son assiette vivant en zombie dans une grande maison, médiévale et
gothique, entouré par quelques autres zombies plus lucides que lui. Les
zombies, êtres solitaires, vivent dans une certaine indifférence de leurs
voisins. Parfois, quelques souvenirs leur rapellent combien la nature est
belle, le vent dans les branches, l'eau fraiche, les seuls compagnons
acceptables.
Le monde "extérieur" vient parfois troubler le doux-loureux délabrement,
l'agent des pages jaunes, les prosélytes religieux. Tous tentent de se
vendre pour mieux vendre, hou que c'est pas beau mais c'est drôle.

La musique s'expose en toile de fond mais vit comme un vestige. Une
des plus belles scènes du film montre Blake s'activant autour de chaque
instrument jusqu'à obtenir un morceau à lui tout seul mais l'allumage
créatif s'éteint vite tant il manque de force. Son corps, comme son esprit
pèse. La lourdeur de son pas, le rythme de ses mots marchent au
diapason. Son fonctionnement l'éloigne des autres, il fuit, Il se fuit, se
perd et on imagine mal un retour vers soi.

Dans la dissonance et ses origines, van sant met en avant la musique du
velvet underground, un clin d'oeil aux années 60-70, époque de
l'expérimentation des drogues et l'hécatombe qui suivit, une facon de
plus d'annoncer celle de Blake.

Peut être que le seul défaut du film est de passer aprés "gerry" qui
marqua de son empreinte l'histoire de l'introspection humaine, la beauté
et le danger de la nature, l'errance, l'amitié, l'écrasante présence de la
lumière, la déraison et la mort.
Malgré les mécanismes de mise en scène désormais bien rodé permettant
de vivre au rythme ralentit de blake, Last days touche moins mais on
réécoutera avec plaisir ride meeeeeee, my friend ..........
patric (auteur-16/5/5)