Invisible pour ceux qui l'entourent, un réalisateur contemporain se
retrouve comme par magie dans le musée de l'Ermitage à Saint-
Pétersbourg au début du XVIIIe siècle. Il y rencontre un cynique
diplomate français du XIXe siècle. Les deux hommes deviennent
complices au cours d'un extraordinaire voyage dans le temps, à
travers le turbulent passé de la Russie, qui les conduit jusqu'à nos
jours.

Alexandre Sokourov reste égal à lui même dans son génie
cinématographique, plein d'audace, de légéreté. En choisissant de
filmer au sein du musée de l'ermitage à St pétersbourg, on retrouve
l'amateur d'art qui nous avait tant séduit dans "mère et fils".
Ici encore, il magnifie sa mise en scéne en utilisant la technique. En
effet, il tourna avec une steadyCam en 1 seule prise d' 1h35mn.
On navigue donc de salles en couloirs,d'escaliers en salles sans
coupure, en caméra subjective ,regard du réalisateur
contemporain, parmi les somptueux tableaux marquant les
différentes époques historiques .
Mais les visites ne s'arrêtent pas là puisque de nombreuses scénes
historiques renaissent sous nos yeux, la famille du tsar prenant un
repas, une répétition de spectacle, et le magnifique bal impérial
avec des centaines de danseurs.
La qualité de l'image numérique dynamise les décors ,les costumes
et rend la couleur vivante.
Au delà de l'aspect esthétique du film , le dialogue entre le
réalisateur contemporain et le diplomate francais du XIX s, tous
deux fantomes des lieux, permet une distanciation avec l'histoire et
replace l'homme dans sa petitesse vitale. On a droit aussi à un petit
débat sur la position de la pensée russe et de son art au sein de
l'Europe toujours sur un ton drôle, détaché.
Peut être perd on un peu de sens dans la mesure ou nous ne
sommes pas russe mais la beauté déployée par sokourov
transcende bien des différences comme il nous invite à écouter la
musique, art universel, tout au long de son film.
La fluidité de ce long plan séquence étonne, apaise le spectateur,
le conforte dans cette douce pérégrination et réussit son bel
hommage au musée.
Cet arche russe, cet ermitage, au delà de la prouesse technique et
de la précision du travail fourni, invite à un voyage des sens, au
respect et à l'amour des oeuvres jusqu'à ne plus distinguer le rêve
de la réalité.
patrick (19/3/3 auteur)