Début du film : des enfants palestiniens poursuivent
un père Noël, qui est rattrapé par eux et poignardé.
Plus tard on verra ce père Noël à l'hôpital. Tout le
film est construit comme un film muet ou à la Tati :
de petites scénettes souvent sans paroles. Là on voit
une femme qui prépare un feu. Là on voit un homme
qui jette ses ordures chez sa voisine, plus tard on
verra cette voisine renvoyer ces mêmes ordures chez
le voisin qui les lui a envoyées. Là on voit un homme
à lunettes noires à un arrêt de bus qui attend, puis un
homme sort de chez lui et dit qu'il n'y a pas de bus
qui passe, pourtant il continue à attendre, puis on va
comprendre qu'il est là à cause d'une jeune fille qui
habite en face de l'arrêt de bus. Là on voit un vieil
homme chez lui qui jette des bouteilles vides en
verre sur des flics, etc.
Puis apparaît Elia Suleiman lui-même. Il mange un
abricot. Il le jette machinalement par la vitre de sa
voiture en train de rouler. Le noyau tombe sur un
char, qui tout à coup explose. Il va voir son père, qui
a eu une attaque cardiaque, à l'hôpital. Puis il va aller
rencontrer son amoureuse sur un parking se trouvant
en face d'un "check-point" entre Ramallah et
Jérusalem. Ils ne se disent pas un mot, mais ils se
tiennent la main pendant des heures. En même temps
ils observent les soldats du "check-point". Une scène
se passe un soir : un soldat israélien fait arrêter les
véhicules et, sans raison apparente, fait sortir chaque
conducteur, et les fait changer de voiture. Cette
manière de traiter la population palestienne apparaît
humiliante. On voit aussi un palestinien "collabo" qui
est victime d'attentats. Toutes ces scénettes ne
laissent pas indifférents. Elles suscitent en nous des
réactions parfois gênantes, parfois souriantes (cette
femme ninja affrontant des soldats israéliens armés),
parfois dérangeantes. Le peuple palestinien ne croit
plus au père Noël, il est de plus en plus rendu passif
par rapport à sa situation. Il a une vie quotidienne
sans illusion. La scène du ballon de baudruche qui
vole au-dessus d'un "check-point" avec la tête
d'Arafat dessinée dessus semble pour Suleiman plus
une manière de provoquer les israéliens qu'un moyen
politique pour faire face à l'ennemi. Et la conclusion
est pessimiste, triste, puisqu'on voit une cocotte
minute sur le feu prête à exploser : serait-ce la seule
issue possible d'un conflit qui voit sans cesse la mort
sur son chemin ?
Kader(5/01/03)