Un jour, Zano propose cette idée un peu folle à sa compagne
Naïma : traverser la France et l'Espagne pour rejoindre Alger et
connaître, enfin, la terre qu'ont dû fuir leurs parents d'autrefois.
Presque par défi, avec la musique comme seul bagage, ces deux
enfants de l'exil se lancent sur la route. Epris de liberté, ils se
laissent un temps griser par la sensualité de l'Andalousie - avant
de se décider à franchir la Méditerranée. D'une rencontre à l'autre,
d'un rythme techno à un air de flamenco, Zano et Naïma refont, à
rebours, le chemin de l'exil. Avec, au bout du voyage, la
promesse d'une reconquête d'eux-mêmes...

Tony gatlif revient sur les écrans auréolé du prix de la mise en
scène à cannes. Et c'est vrai, de ce point de vue, les plans sont
soignés, pensés pour le voyage, la poésie et emprunt de l'idée de
liberté. Ainsi, les lucarnes, flaques d'eau, objets insolites
deviennent souvent le réceptacle de l'image, une loupe aux scènes
intimistes, un appel à la rêverie.
Mais ces phases précèdent souvent le dynamisme coutumier de
gatlif, la fête, la musique, la joie de vivre et la douce folie de ses
personnages. Comme dans le film de Morel "les chemins de
l'oued", l'émigration est inversée...ici on retourne sur les traces de
ses origines et comme le signale les nombreux personnages de
rencontre "Mais qu'allez vous faire en Algérie ?"...
Bien sûr, la jeunesse de zano et naima ne les empêche pas de
trainer leur propres fardeaux, lié d'ailleurs à ce pays. On peut
regretter, en revanche, que les problèmes rencontrés par les
Algérois ne soient pas vraiment mis en avant et que l'interaction
avec les jeunes francais, de ce point de vue, soit inexistant.
Alors il reste les scènes de partage, d'abord en Espagne avec les
gitans, les immigrés travaillant dans les champs et Ensuite en
Algérie .L'algérie sera le théatre des retrouvailles du passé de
Zano, celui de la maison de ses parents, des photos...
Gatlif n'oubliera pas la scène de la fête avec son repas pour finir
par une transe mémorable, mi expiatoire, mi purificatrice entre
rythme technoide et répétitions ethniques.
La musique reste donc au centre des films de Gatlif et le récit
romanesque un prétexte. On attendra donc qu'il se lance dans le
documentaire brut de décoffrage pour explorer totalement son
génie de la prise directe. Car ici, du point de vue scénaristique, le
film se négocie un ton en dessous de "gadjo dilo", moins de
fraicheur, de dynanisme...et les personnages comme naima
ressemblent dans l'exhubérance, la sensibilité, la sauvagerie aux
personnages habituels de Gatlif. Même Duris joue un ton en
dessous, semblant un peu las.
Les scènes symboliques font preuves d'une certaine lourdeur, la
remontée en contre sens de la foule, l'acceptation puis le rejet des
habits traditionnels de Naima, son sens du partage retrouvé au
travers la dernière scène de l'orange...mais contrebalancé par les
plans des regards, de l'insolite comme ce mime clownesque de
l'appel amoureux dans les plantations de fruits.

La musique, composé en grande partie par gatlif, sauve donc le
film d'un certain conformisme propre au film de voyage, les
scènes silencieuses rattrapant un propos trop entendu, parfois un
peu juste derrière ses slogans politiques.
patric-auteur (9/2/4)