Un petit village dans l'Amérique profonde, complètement isolée du monde :
Dogville. Là vivent quelques villageois habitués à leur routine. Puis une nuit, des
coups de feu retentissent. Une jeune femme blonde arrive. Elle veut être cachée
car elle est poursuivie par une bande de gangsters. Tout de suite, grâce à l'un des
habitants se prénommant Tom, qui est écrivain et qui passe son temps à rêver, le
village prend le parti de la cacher. La jeune femme, qui se prénomme Grâce,
reconnaissante de la décision du village, se montre serviable envers tous. Mais
petit à petit, les villageois commencent à abuser de la gentillesse de Grâce, qui,
au pied du mur, accepte de ne pas se plaindre. Et plus le temps passe, plus la
situation de Grâce se dégrade, les villageois se montrant de plus en plus odieux
avec elle...

Je n'ai qu'un mot : remarquable. D'abord grâce à la manière dont on peut
interpréter le film. Il délivre autant un message "anti-Amérique profonde" (il suffit
pour cela de regarder le générique de fin), qu'un message universel sur l'illusion
de la justice dans ce monde. D'autre part, sur le plan des décors (très
minimaliste), c'est une gageure de tenir 3 heures. Pourtant, grâce à Nicole
Kidman, mais aussi tous les autres, l'atmosphère parvient à s'installer, et le
trouble peut naître. Serions-nous tous des tortionnaires ? Des gens qui
profiteraient des faiblesses des autres pour avoir le pouvoir sur eux ?
Préférerions-nous, par lâcheté, arrogance, ou orgueil, nous voiler la face, et nous
comporter comme les êtres les plus vils qui puissent exister ? Ce qui émeut, c'est
cette femme qui subit, sans rechigner, pourtant elle rêve de liberté. Chapeau à
Lars von Trier, qui, manifestement, sait utiliser le potentiel de ses actrices (Bjork
dans "Dancer in the dark" ou Emily Watson dans "Breaking the waves", et ici
Nicole Kidman) et les amène à se surpasser. Je n'ai aucun doute pour le prix
d'interprétation féminine du festival de Cannes 2003 : ce sera Nicole Kidman.
Pour ce qui est de la Palme d'Or en revanche, je ne crois pas que le film de Lars
von Trier l'aura cette fois, car son film n'est pas assez accessible à un large
public. Mais il aura un autre prix (celui du Jury probablement).
Abdelkader (genre : drame ; 24/05/2003)