Après quinze ans passés derrière les barreaux, Bruno, qui
prône la révolution prolétarienne, s'évade. Ce dernier
veut continuer la lutte, faire sortir ses camarades de
prison, libérer les masses du joug capitaliste. Tous ses
anciens alliés n'y croient plus, même Jeanne qui s'est
mariée et a maintenant des enfants. Depuis l'évasion de
Bruno, celle-ci est sous surveillance policière étroite.
Ce dernier reprend contact avec Jaquillat, le parrain
local. Mais celui-ci ne veut plus avoir à faire à lui. Les
alliances ont changé, Jaquillat collabore avec l'inspecteur
Pascal Manise, un flic pourri qu'il fournit en came en
échange de sa bienveillance.
Bruno est seul. Toujours en cavale, il fait bientôt la
rencontre d'Agnès, une toxico en manque. Une amitié va
naître entre ces deux individus au bout du rouleau.

Cavale se présente donc comme la partie polar de la
trilogie de Lucas belvaux, mais un polar a la dimension
psycho-sociologique certaine. La confrontation des idées
de Bruno et son discours prolétarien préteraient à sourire
s'ils ne se heurtaient constamment à son ancienne
compagne de lutte, Jeanne, qui a changé de perception et
tout simplement de vie. L'époque a évolué, le langage
aussi, les mouvements contestataires pronant pour
beaucoup la non violence, Bruno est resté planté dans
son temps, la lutte armée ,15ans en arrière, époque de
son arrestation. Certes il s'évade mais se retrouve
prisonnier d'un temps qui n'est pas le sien . Il veut
poursuivre le temps de la lutte avec comme seul repére
ses anciennes planques, ses anciennes armes, ses
déguisements ,sa vieille machine à écrire. Mais l'homme
se retrouve seul, toujours gouverné par ses passions, son
idéologie. Il résiste comme le suggére la scéne de la
fusillade ou sa voiture tourne autour d'une place avec
son monument central "aux résistants du vercors", mais
il résiste à ses idées, reste imperméable aux mises en
garde, figé comme ce monument de pierres .
Cette homme seul, dénigré par ses anciens contacts, s'en
remet donc à lui même et aux rencontres de hasard,
comme cette junkie qu'il aidera et qui à son tour l'aidera,
sans jamais qu'ils ne se livrent vraiment l'un à l'autre, "je
ne veux pas savoir qui tu es "lui dit elle.
Elle est compagne d'un flic participant à la traque. Le
milieu des flics et truands en constant chevauchement,
les uns poursuivant les autres, chacun luttant pour ses
propres interêts, financiers ou idéologiques.
Le rythme de la cavale remarquablement écrit avec ses
temps d'accélération, de fuite mais surtout avec une
description du quotidien sans détour. Bruno sur le
constant qui vive, inquiet dont la peur construit l'homme
dangereux .
Acteurs remarquables, Lucas belvaux dans le rôle de
l'évadé, et Catherine Frot égal à son talent. Tous les
personnages pensés avec une certaine épaisseur prennent
leur envergure selon leur apparition dans chaque film.
La contrebasse comme musique grave guidant son
cheminement, Bruno gardera en lui cette seule sonorité, celle
du solo et de la boucle.

On ne peut finir sans saluer la remarquable trilogie de Lucas
belvaux,"Un couple épatant", "cavale", "aprés la vie" , 3
films sorties dans le même temps, loin des considérations
commerciales des chapitres dont nous ont habitués les
produits américains. Car sur le plan du sens, du concept, il se
révéle l'antithése de cette démarche.
Réalisés dans le même temps d'action, ces 3 films se
caractérisent par une divergence dans l'espace et de point de
vue des protagonistes. Il arrive que certaines scénes soient
communes même si elles divergent selon l'angle, les monteurs
sont différents.
Tout comme le spectateur saisit par sa subjectivité, les
événements prennent leur dimension au travers différents
regards des acteurs d'une vie ,qu'elle soit fiction ou réel. Si le
sens se développe dans chacun des films, il prend une
dimension supplémentaire lorsqu'on voit les 3 films. la trinité se
mue en un seul et surgit l'écho de la représentation humaine,
des incompréhensions et des solitudes qu'elle entraine.
Le cinéma a besoin de ces initiatives, de ses perceptions, de
ses histoires ancrés dans un projet artistique, alors merci à
Lucas Belvaux et à ses producteurs.
patrick(10/01/03)