Aoyama, quarante-deux ans, vit seul avec son fils de 16 ans depuis que sa femme est morte il y
a sept ans. Il vit toujours sa disparition avec difficulté.
Son fils étant désormais assez grand pour s'occuper de lui, Aoyama décide de se remarier. Il
imagine alors un stratagème sur les conseils d'un ami producteur, Yasuhisa Yoshikawa :
organiser un casting pour une série télé fictive afin de trouver la perle rare.
Rapidement, Aoyama reçoit des centaines de candidates. Parmi toutes les filles qui se
présentent, la dernière, Asami Yamazaki, est une jeune femme grande, mince et timide de 24 ans
d'une troublante beauté. Totalement subjugué par son charme mystérieux , Aoyama en tombe
amoureux et demande à la revoir.
Mais Yoshikawa a des doutes sur Asami et pense que celle-ci a un comportement bizarre.
D'abord incrédule, Aoyama décide de faire des recherches sur la jeune fille. C'est alors qu'il
découvre que plusieurs personnes qu'elle avait connues ont disparu...

Le film commence dans la bonne humeur, par une boutade entre copains. Tout semble léger, la
musique guillerette, les habitudes des personnages banales, jusqu'à l'audition ou le portrait des
filles tient de la carricature et invite au sourire et à la détente .
Le dérapage s'immisce doucement dans le film, des scénes étranges apparaissent , des
questionnements se font jour. La scéne de la jeune fille attendant prostrée devant le téléphone à
coté de ce sac mystérieux crée une faille dans l'image lisse de cette beauté. Dés lors le symbole
de cette virginité suggérée par l'apparition tout en blanc lors de l'audition s'en trouve brisée .
Le film bascule définitivement lors du séjour d'asami et aoyama, précisement au moment ou le
couple concrétise physiquement leur amour . Comme si ce moment d'échange intense réveille
des souvenirs douloureux et une transmission des sensations de l'un vers l'autre . Asami veut
être le seul amour pour aoyama . Il ne semble pas saisir l'étrange demande pas plus qu'il ne
connait le passé traumatisé de la jeune femme .
Lors de son enquête, il commence à entrevoir la singularité des relations d'Asami. Les
disparitions, les personnes handicapées, les circonstances violentes et dérangées peuplant
l'univers de la jeune femme. Ses visions hallucinées le plongent dans le vécu d'asami, le
laissant de moins en moins avec lui même .Le paroxysme de cette fusion des sens sera mis en
oeuvre lors de son retour chez lui.
Il revivra les traumatismes de la jeune femme lorsque, fillette, elle fut abusée par son prof de
danse, brulée dans des jeux sadiques. les rites sadomaso suggérent la violence sexuelle, ce
marquage définitif de l'âme.
Aoyama par les visions de douleur rejoindra ces propres manquement. On comprendra
pourquoi sa secrétaire tente d'attirer, sans résultat, l'attention de son patron .Celui ci ayant
abusé de son pouvoir ,puis la laissera choir .
Takashi miike aborde donc la question de la douleur,de la dérive psychotique par l'intermédiaire
des blessures de l'enfance. Son questionnement sur l'enfermement de soi et la difficulté de
compréhension entre les êtres. Le vécu de chacun, aussi violent soit il, crée des distorsions
entre eux. Le désir de rendre palpable la douleur psychologique d'asami par l'intermédiaire de la
torture physique d'aoyama crédibilise le désir d'absolu d'asami consécutive à son angoisse. la
scéne de torture insoutenable est transmise à son tour au spectateur et l'insinu dans le rituel de
la douleur et de son impossible transformation.
La manipulation se joue dans la répétition, le physique et le mental en perpétuel
interdépendance.
Les défaillances d'asami transmises à Aoyama, jusqu'à la répétition du monologue du bar repris
dans la derniére scéne. La mécanique du comportement, comment les traumatismes n'en
finissent pas de hanter leurs victimes .

La figure homme -femme et les relations de pouvoir entre eux apparaissent en filigrane tout au
long du film. déjà, dans le jeu morbide de l'audition, de la scéne du bar lors du dénigrement des
2 hommes envers les femmes, de l'abus du professeur envers son éléve. Asami reprochera
clairement "tu es comme les autres", constat ne laissant guére de place à un espoir de
rédemption.
"le japon est fini" dit Yasuhisa. On pourrait penser à une parabole du réalisateur sur la
déstabilisation des coutumes japonaises, du rapport de la femme à la tradition , de la place des
des hommes dans la modernité.
Le délitement et l'endurance qui doivent s'en suivre ,constat des 2 hommes, s'appliquent aussi
à tout le japon.
ce film s'inscrit bien dans le mouvement des réalisations asiatiques de ces derniéres années. on
peut constater des passerelles flagrantes entre "ring" ,"kairo" ou même les troublants "versus"
et "battle royal" .
L'horreur, le fantastique ne se traduit pas par de la gratuité mais bien dans une interrogation du
fonctionnement de la société. Le genre est sublimé et réinventé par les questionnements de
notre temps. La technologie intégrée, le questionnement par l'image, le repli sur soi et la
solitude en découlant . Ce fractionnement et cette déconstruction se retrouvent dans la mise en
scéne assez folle. les scénes se chevauchent, le rythme s'accélérent dans le même mouvement
de la prise de conscience du vécue d'Asami par Aoyama et nous mêmes.
le cinéma asiatique n'en finit pas de renouveler tous les genres , les fusionnant, digérant et
s'appropriant les mouvements. Le bouillonement créatif, sa transfiguration intellectuelle placent
les sens au coeur de l'oeuvre. la référence à tarkovski par les 2 hommes lors de l'auditrion saute
à l'oreille, trop flagrant pour en appeler au hasard. merci mr takashi miike .

patrick